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06/30/2008 - Le Western Climate Initiative au Manitoba

Rencontre avec Andrea Merredew, Directrice générale, et Juliane Schaible, Consultante, Secteur du climat et de l’environnement, gouvernement du Manitoba.


[Energy Advantage] Pouvez-vous décrire les programmes auxquels le Manitoba participe en ce moment ou prévoit participer ou peu?

[Andrea] Nous venons tout juste de lancer notre plan d’action contre les changements climatiques, intitulé Kyoto et au-delà, l’avenir vert du Manitoba. Dans le cadre de ce plan d’action, nous présentons 60 gestes qui seront posés partout dans la province afin de réduire les émissions nocives et nous adapter aux changements climatiques, d’ici 2012. Les initiatives sont organisées par secteur : les affaires, l’énergie, l’agriculture, le transport, les municipalités… le plan inclut même des gestes pour améliorer le côté vert du gouvernement. Notre plan permet également aux citoyens d’identifier des gestes concrets pouvant être posés dans leur propre vie. Nous avons dressé une liste des dix meilleurs gestes à poser chez soi pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

[Juliane] Une des actions mises de l’avant dans ce plan est le Portail d’action climatique du Manitoba (Manitoba Climate Action Portal), qui sera rebaptisé le « Registre vert ». Il s’agit d’un outil en ligne permettant aux entreprises d’identifier les moyens à leur disposition pour réduire leurs émissions, ainsi que les fournisseurs de services de validation ou vérification qui peuvent les aider. Le portail inclut des calculateurs en ligne vous permettant de mesurer votre bilan de gaz à effet de serre, ainsi qu’une vitrine pour promouvoir votre entreprise et les gestes que vous avez posés. Cette vitrine permettra à l’ensemble des entreprises de consulter les expériences réussies de leurs pairs et savoir ce que les autres font à propos d’un sujet particulier. Le portail offrira également l’accès au registre, où les entreprises pourront participer activement au processus qui culminera en une plate-forme d’échange de droits de carbone, pour acheter ou vendre des crédits de CO2.

Parallèlement, nous élaborons en ce moment un réseau de gens d’affaires qui rencontreront le Ministre pour lui faire part de leurs perspectives sur les changements climatiques et les initiatives qui devraient être prises. Ce processus engendrera une véritable communication entre le domaine des affaires en général et le gouvernement, afin de mieux définir comment nous pouvons créer une économie générant moins de carbone au Manitoba.

[EA] Pourquoi le Manitoba a-t-il choisi de participer au WCI plutôt qu’au Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI), par exemple, qui est actif dans le nord-est des États-Unis?

[Juliane] Il faut comprendre que le RGGI, un système d’échange de la Côte Est, se concentre sur les centrales électriques, et exclusivement sur les commodités. Quant à lui, le WCI vise la création d’un système de plafonnement et d’échange généralisé; ceci nous offre une meilleure opportunité pour réduire les GES dans la région, mais est aussi plus efficace pour les mécanismes de marché en place. La plus grande portée des activités du WCI permettra à plus de gens de bénéficier du système, en étalant autant les risques que les opportunités.

[EA] Un nombre croissant de provinces croient que le programme Prendre le virage du gouvernement Harper n’est pas adéquat pour aborder le problème des changements climatiques, et travaillent maintenant en marge du fédéral. Pouvez-vous nous décrire l’approche choisie par le Manitoba par le biais du WCI, et les autres initiatives indépendantes comparativement à celles du gouvernement fédéral?

[Andrea] J’aimerais tout d’abord indiquer que le Manitoba travaille avec le gouvernement Harper pour la structure de réglementation et aussi avec le WCI; nous poursuivons ces deux collaborations. Le Manitoba avait comme objectifs de réduire les émissions de GES dans son territoire, d’effectuer la transition vers une économie générant moins de carbone tout en offrant des avenues de développement économique pour la province. Peu importe le moyen choisi pour atteindre ces objectifs, nous voulons que les intérêts du Manitoba soient bien représentés. Le WCI offre les meilleures possibilités pour nous: nous pouvons partager les meilleures pratiques d’affaires, établir des objectifs fermes de réduction des émissions, et adopter un modèle similaire à la Californie. Nous voulons participer à l’ensemble de ces opportunités; nous voulons être présents pour cela. Nous sommes très heureux d’avoir joint le WCI, compte tenu que seulement trois provinces canadiennes en font partie à ce jour. Cela ne signifie pas que nous ne collaborerons pas avec le gouvernement fédéral, ni que nous n’appuyons pas une structure à l’échelle nationale.

[EA] Croyez-vous que le fait d’avoir un chevauchement de plusieurs programmes entraînera des complications?

[Juliane] Au bout du compte, il ne devrait pas y avoir de complications. Peu importe la situation, l’objectif établi régionalement sera égal ou supérieur à l’objectif canadien. L’avantage du WCI est sa portée géographique beaucoup plus grande, ainsi que la possibilité d’établir une référence fiable pour les entreprises. Dans l’industrie, les gens demandent constamment que les programmes aient une portée sur le plus vaste espace de marché possible. Nous gardons toujours le cadre canadien en tête, mais nous visons un marché mondial dans nos efforts avec le WCI et d’autres partenaires à l’échelle internationale.

[EA] Quel sera l’impact à prévoir pour les provinces et les états qui ne participent pas au WCI?

[Juliane] En 2009, lorsque la nouvelle équipe présidentielle américaine accédera au pouvoir, il y aura un fort mouvement du marché vers un système de plafonnement et d’échange de droits de GES, compte tenu de l’engagement ferme des candidats à la présidence sur cette question. Les provinces ayant pris des initiatives seules (p.ex. l’Alberta), ou celles qui n’ont pas participé aussi activement que les autres (p.ex. la Saskatchewan) vivront de plus grandes incertitudes. Elles pourront alors choisir leur manière de participer, ou suivre le modèle canadien qui reconnaît la croissance des marchés en Amérique du Nord. Même le gouvernement canadien s’est montré intéressé au système de plafonnement et d’échange; leurs actions ne se déroulent pas aussi rapidement que les provinces et les états. Il s’agit d’une question de « timing ».

[EA] Quel conseil pouvez-vous donner aux entreprises?

[Juliane] Le plus tôt que les entreprises commenceront à mesurer leur profil d’émissions de GES, le mieux elles seront préparées pour faire face aux réglementations qui seront mises en place, peu importe la nature du système. Toutes les entreprises peuvent commencer dès maintenant, peu importe leur choix d’adhésion au plan provincial ou fédéral. Il ne faut plus attendre.

[EA] Comment prévoyez-vous coordonner les actions planifiées par le Manitoba et celles du WCI, avec les marchés nationaux et internationaux de plafonnement et d’échange de droits, incluant les initiatives attendues du prochain président américain qui influencera sans doute l’initiative canadienne?

[Juliane] En plus de participer à la discussion au niveau fédéral, le Manitoba est membre du WCI ainsi que du Midwestern Greenhouse Gas Accord. Nous prévoyons assurer le lien entre ces différents systèmes ainsi que tout effort sur le plan international. Notre Registre vert est un outil fournissant une plate-forme commune. L’International Climate Action Partnership est un effort orchestré par les grandes juridictions visant à assurer une communication active et en temps réel entre chacun des systèmes en développement. Tous ces projets sont encore en préparation; nous essayons d’en apprendre le plus possible sur chacune des initiatives afin d’arriver, en fin de compte, à harmoniser nos efforts à l’échelle mondiale.

[Andrea] En complément aux engagements pris par le Manitoba envers ces programmes régionaux, nous avons, tel que mentionné plus tôt, nos propres politiques et programmes provinciaux : notre récent Plan d’action climatique et le projet de loi 15, ainsi que la Loi sur les changements climatiques et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui fait du Manitoba la première province au Canada et la première juridiction régionale à réglementer les objectifs de Kyoto. Le Manitoba impose des mesures plus strictes afin de réduire les émissions polluantes. Ainsi, alors que l’objectif de réduction du WCI est de 15% d’ici 2020, nous atteindrons ce résultat en 2012 grâce à nos propres mesures.


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