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07/23/2008 - Rencontre avec Pierre Gravel, Vice-Président Est du Canada, Energy Advantage

Profil Pierre cumule plus de vingt ans d’expérience dans l’industrie de l’énergie. Avant de se joindre à l’équipe d’Energy Advantage, Pierre fut fondateur, président et chef de la direction de Multi-Énergies Inc., une entreprise québécoise fournissant des services énergétiques. Il occupa également, plus tôt dans sa carrière, des postes cadres au sein de North Canadian Gas Marketing et Brenda Marketing.

Pierre est marié et a trois enfants âgés de 15 à 21 ans. Grand amateur de sports, il se passionne pour le hockey, le football, le soccer et les sports en général. Sa passion l’a mené à s’impliquer dans les différentes activités sportives de ses enfants, en tant qu’entraîneur. Il cultive également un intérêt pour les nouvelles technologies, les films, la bonne chère et le vin.


[Energy Advantage] Vous oeuvrez dans le domaine de l’énergie depuis plusieurs années. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur votre expérience?

[Pierre] J’ai toujours été fasciné par l’industrie de l’énergie, probablement à cause de l’impact de cette dernière sur l’économie et la géopolitique mondiales. J’ai la chance de travailler au sein de cette industrie depuis les 23 dernières années.

Au fil de ma carrière, j’ai connu toutes les facettes de l’industrie: que le soit la production, le marketing ou la distribution des trois services majeurs que sont le pétrole, le gaz naturel et l’électricité. Cette diversité m’a permis d’atteindre un certain recul vis-à-vis l’industrie, ce qui me permet de fournir à mes clients les informations nécessaires à la prise de bonnes décisions relativement aux coûts énergétiques et l’utilisation efficace des ressources. Cette perspective globale de la situation m’a de plus enseigné plusieurs choses. Premièrement, des décisions optimales d’achat ne peuvent être effectuées que lorsque l’on a en main les données nécessaires à propos du marché. Deuxièmement, ce n’est que lorsque l’on comprend réellement son profil de consommateur énergétique qu’une réduction de l’usage peut être obtenue; et enfin, les nouvelles technologies à notre disposition jouent un rôle primordial dans le cadre de tout programme d’efficacité et de gestion énergétique.

 

[EA] Durant ces années dans le domaine, quels sont les changements que vous avez constatés dans le paysage énergétique et environnemental québécois, et selon vous, quel est son avenir?

[Pierre] Je travaille dans le domaine de l’énergie depuis 1985. Je dois dire que malheureusement, je n’ai vu que très peu de changements dans le paysage énergétique québécois en 20 ans. Les deux fournisseurs de services au Québec, soient Gaz Métropolitain et Hydro-Québec, ont maintenu, à peu de changements près, leur monopole dans l’industrie. Par contre, du point de vue environnemental, je suis heureux de constater les initiatives du gouvernement du Québec et leur leadership dans ce marché émergent. La participation du gouvernement est essentielle à ce premier stade, afin que les grands décideurs comprennent bien la position du Québec et l’importance accordée à l’environnement par la majorité des Québécois.

 

[EA] Dans votre carrière, vous avez travaillé durant 2 ans au sein de Gaz Métropolitain. Qu’avez-vous appris lors de cette période passée du côté des fournisseurs d’énergie?

[Pierre] Lors de mon entrée chez Gaz Métropolitain, la première chose que j’ai remarquée fut le niveau d’insatisfaction et de frustration des clients face aux services qu’ils recevaient; parallèlement, à quel point il semblait impossible d’effectuer des changements afin de mieux répondre à leurs besoins. Les cinq années précédentes, j’avais travaillé dans un environnement d’affaires dynamique, où le service à la clientèle et les relations d’affaires revêtaient une importance capitale. Quelle différence! Par contre, je me dois de mentionner que mes années au sein de Gaz Métropolitain m’ont permis de pleinement comprendre les subtilités d’un marché énergétique entièrement déréglementé, ainsi que les opportunités que celui-ci peut offrir face à la satisfaction des besoins de la clientèle.

 

[EA] Avec des températures de plus en plus élevées, il est difficile de ne pas penser à l’impact sur les coûts de l’énergie, surtout dans cette période d’explosion des prix. Selon vous, comment les entreprises et les institutions québécoises peuvent-elles se protéger contre les chocs causés par les prix de l’énergie?

[Pierre] Pour les entreprises, le meilleur moyen de se protéger, à court et à long terme, est de réduire leur consommation globale. Les avantages d’une telle méthode sont évidents; notamment, réductions notables des coûts et amélioration de l’efficacité au niveau des activités. La majeure difficulté de cette stratégie pourtant simple est d’implanter efficacement une culture d’entreprise qui adopte pleinement l’environnementalisme. Afin d’atteindre ses objectifs, l’entreprise doit démontrer son engagement à tous les niveaux.

 

[EA] Dans le cadre du débat actuel à propos des changements climatiques en Amérique du Nord, le Québec a participé au mouvement qui dirigeait les initiatives. En avril dernier, à Montréal, Al Gore a louangé les initiatives du Québec face aux changements climatiques tout en s’abstenant de commenter les gestes du gouvernement canadien. En 2007, le Québec a lancé la première taxe sur le carbone au Canada, générant environ 200 millions de dollars annuellement afin de financer les projets de réduction des gaz à effet de serre ainsi que les améliorations au système de transport en commun, par le biais du Fonds vert pour l’environnement. La province, qui est membre du Western Climate Change, a signé récemment un protocole d'entente avec l’Ontario afin de mettre sur pied un système de plafonnement et d’échange de droits qui est basé sur un plafonnement ferme. Le gouvernement canadien, lui, a plutôt opté pour un système de plafonnement flexible, ou « flottant ». Quel est l’impact du plan provincial sur les entreprises québécoises jusqu’à maintenant?

[Pierre] La taxe sur le carbone équivaut à 0,8 ¢ pour chaque litre d’essence vendue au Québec, et 0,9 ¢ pour chaque litre de diesel vendu. À ce jour, seulement 50 entreprises sont visées par cette nouvelle taxe. Les compagnies pétrolières sont celles qui sont les plus affectées. Elles devront verser environ 69 millions de dollars pour l’essence, 36 millions pour le diesel, et 43 millions pour l’huile de chauffage. Les distributeurs de gaz naturel devront débourser environ 39 millions, tandis que le distributeur d’électricité, Hydro-Québec, paiera 4,5 millions pour sa centrale thermique située à Tracy. Le peu d’entreprises qui ont été visées par cette initiative est similaire à l’image d’une goutte dans l’océan. À mon avis, le gouvernement aurait dû aller beaucoup plus loin. Le message qui devrait être envoyé aux entreprises est qu’il est impératif pour tous de revoir les pratiques de gaspillage. En ce moment, l’initiative ressemble plutôt à un moyen de financer le système de transport en commun.

 

[EA] Selon vous, quel sera l’impact de ces politiques de réduction des émissions, incluant le programme de plafonnement et d’échange, sur les entreprises québécoises? Parallèlement, avez-vous des conseils pour les entreprises?

[Pierre] J’espère que la réglementation gouvernementale entrera en vigueur le plus tôt possible; j’espère surtout que le gouvernement imposera des objectifs. Cela semblera tout d’abord difficile à atteindre, mais si les entreprises prennent l'initiative dès le début, cela leur permettra de demeurer concurrentielles dans un contexte d’économie mondiale. J’ai un conseil pour tous nos clients, actuels et potentiels : si vous prenez cette problématique au sérieux rapidement et agissez en prenant des initiatives concrètes, vous récolterez des résultats plus tôt.

 

[EA] Depuis les dernières décennies, le Québec a profité de l’électricité à des prix particulièrement bas, comparativement au reste du Canada. En juin 2000, la loi 116 du Fonds de l’électricité patrimoniale a été adoptée, qui stipulait qu’Hydro-Québec doit fournir 165 TWh d’électricité aux consommateurs québécois à un taux de 2.79 ¢/kWh annuellement. Dans le contexte de hausses constantes des coûts de l’énergie, est-ce que les foyers québécois pourront continuer à profiter d’électricité à faible coût? Quel effet eut ce Fonds sur l’économie et l’utilisation de l’énergie au Québec?

[Pierre] À mon avis, le Fonds du patrimoine a été mal géré dès le début, et ce, à cause d’une variété de facteurs. Au départ, le Fonds du patrimoine avait été établi afin d’accumuler des richesses pour les générations futures. Le fait d’établir une valeur en deçà du marché pour une ressource entraîne seulement un gaspillage de cette ressource, et ne contribue certainement pas à la création de richesse! À l’opposé, si le gouvernement avait choisi d’établir le prix des 165 TWh d’électricité selon le marché tout en investissant dans des moyens de transmission auprès d’autres marchés voisins pour l’exportation, la province de Québec bénéficierait actuellement de revenus supplémentaires provenant de l’exportation, tout comme l’Alberta qui bénéficie de revenus liés au pétrole et au gaz. En deuxième lieu, nous aurions assisté à une augmentation du nombre de projets relatifs à l’économie d’énergie, ce qui aurait amené une réduction de la consommation ainsi qu’une meilleure concurrence de l’économie québécoise. Troisièmement, les revenus supplémentaires auraient contribué au financement des systèmes de santé et d’éducation de la province. Et finalement, dans le contexte actuel, le Fonds du patrimoine nous aurait permis de mieux atteindre le processus continu de réduction du gaspillage d’une ressource aussi précieuse.

 


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