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07/21/2008 - Le pétrole: des années 1970 à aujourd’hui

Par Abbas Chagani et Courtney Kirkby


Dans toutes les sphères de notre société, l’histoire tend à se répéter, avec quelques variations dans les événements. Le domaine pétrolier, très présent dans l’actualité dernièrement, est l’une de ces sphères où l’histoire se répète. Dans les années 1970, les consommateurs ont dû faire face à des hausses importantes du prix du pétrole, après des décennies de prix très bas et d’un marché stable qui augmentait d’à peine 2% par année. Lors de la crise du pétrole de 1970, les prix du baril grimpèrent de plus de 10% par année durant plusieurs années, entraînant des réactions considérables de la population en général. Un des événements relatifs à cette crise ayant marqué l’imaginaire collectif survient en 1973, alors que le président Nixon choisit de ne pas illuminer le Sapin de Noël de la Maison-Blanche, privilégiant des décorations ne consommant pas d’électricité. Cette période a également été marquée par de longues files d’attente aux stations-service. Durant une certaine période, les gens ayant une plaque d’immatriculation se terminant par un chiffre pair ne pouvaient acheter de l’essence que les jours pairs, et inversement. Suite à cette période de crise, les gouvernements ont établi des stratégies nationales de conservation de l’énergie et ont investi de nombreuses ressources pour la création de systèmes à meilleure efficacité énergétique.

Trois décennies plus tard, le prix du pétrole subit à nouveau des hausses impressionnantes. En 1980, le prix du baril de pétrole, ajusté par l’inflation, connut un sommet de 100$. Dernièrement, le prix du pétrole brut dépassa la barre des 100$ le baril pour la première fois depuis 1970, pour se maintenir à environ 135$. Plusieurs spécialistes prédisent d’autres hausses à venir sur le marché; certains prévoient même que le prix du baril attendra 200$ d’ici quelques années. Mais la situation actuelle du marché du pétrole diffère de la crise pétrolière des années 1970. L’efficacité énergétique a quitté la marginalité et fait maintenant partie des préoccupations du grand public, parallèlement à la sensibilisation aux changements climatiques. Le prix actuel du pétrole sert de catalyseur pour mettre en place de véritables mesures de préservation et motive les recherches pour d’autres sources d’énergie. Pour constater les conséquences du prix du pétrole sur notre vie quotidienne, nul besoin d’effectuer des recherches approfondies; il suffit d’ouvrir un journal ou de regarder les nouvelles télévisées. À chaque jour, les médias en font mention, que ce soit des milliers d’emplois perdus dans l’industrie automobile, une compagnie aérienne qui augmente ses prix ou même qui fait faillite. Cet article, sur la crise du pétrole de 1970, nous permettra de comparer les événements d’hier à ceux d’aujourd’hui, et ainsi mieux comprendre ce qui se passe en ce moment et quels sont les impacts à venir.

En 1971, l’économie américaine a abandonné le système de l’étalon-or pour se tourner vers un cours de change fluctuant. La pression des politiciens américains face à la communauté internationale a entraîné une dévaluation entendue du dollar d’un peu plus de 10% entraînant un impact direct sur les producteurs de pétrole. En effet, la valeur du pétrole étant quantifiée en dollars, la dévaluation équivalait à une perte de profit pour eux. Le désir de compenser cette perte de profit contribua à la crise des prix du pétrole qui s'ensuivit peu de temps après.

De nos jours, une relation semblable existe entre le dollar américain et le prix du pétrole brut. Depuis cinq ans, le dollar américain perd de sa valeur comparativement à d’autres monnaies principales, en particulier l’euro et le dollar canadien. Ainsi, l’effet de balancier se fait ressentir à nouveau : alors que le dollar américain perd de la valeur, le prix du pétrole monte. Pourtant, cette fois-ci, la dépréciation du dollar américain ne survient pas dans le cadre d’une politique gouvernementale; cette dépréciation est une conséquence de la faiblesse de l’économie, des taux d’intérêt faibles et de la débâcle des prêts à risque. Mais l’effet demeure le même. Le tableau 1 ci-dessous illustre la relation entre le dollar américain et le prix du baril de pétrole brut.

Figure 1: Dollar américain vs. Prix du pétrole brut

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La faiblesse de l’économie américaine ne fait pas seulement chuter la valeur du dollar, elle pousse aussi les investisseurs à rechercher d’autres possibilités d’investissement. Ainsi, les investisseurs délaissent les valeurs et obligations traditionnelles pour leur préférer des matières premières. L’index des marchandises Goldman Sachs (GSCI), illustré dans le tableau 2, indique son rendement depuis les 30 dernières années. En ce moment, 70% de l’index est investi dans l’énergie; depuis cinq ans, l’index a augmenté de 240%. La majeure partie de la tension sur les prix provient de l’équation fondamentale d’une source restreinte face à une demande très forte; par contre, il est indéniable que la spéculation joue également un rôle, alors que les investisseurs considèrent des rendements dans les trois chiffres comme une excellente opportunité. Les investissements croissants dans l’énergie contribuent potentiellement à la hausse continue des prix de l’essence que nous constatons en ce moment.

Figure 2: Index des marchandises Goldman Sachs

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À l’automne 1973, peu après la dévaluation du dollar américain, survient le premier choc pétrolier en Amérique du Nord. La guerre du Kippour fut déclenchée par l’attaque conjointe de l’Égypte et de la Syrie contre Israël. Par la suite, l’Égypte et la Syrie décidèrent d’imposer une hausse des prix du pétrole pour les pays soutenant Israël. À la mi-octobre, l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (l’OAPEC) augmenta le prix affiché du pétrole brut, le faisant passer de 3,12$ à 3,65$/baril. Le prix continua de grimper de manière exponentielle pour atteindre 11,65$/baril à la fin de l’année; parallèlement, la production diminua de 25%. Par la suite, l’OAPEC annonça un embargo sur les exportations, dirigé vers les pays occidentaux soutenant Israël. Moins de six mois après son entrée en vigueur, l’embargo fut levé au Sommet arabe, calmant temporairement la flambée des prix du pétrole.

Mais alors que le marché semblait vouloir se stabiliser, un autre bouleversement entraîna des ravages durant cette décennie. À la fin des années 1970, la Révolution iranienne interrompt une importante partie de l’approvisionnement mondial en pétrole. La production commence à chuter en septembre 1978, alors qu’une grève majeure frappe les raffineries nationalisées. Des dizaines de milliers de travailleurs de l’industrie pétrolière se mobilisent et réduisent la production quotidienne de l’Iran d’environ 4,5 millions de barils. Durant la période où des protestations de plus en plus violentes visant le départ du Shah éclatent en Iran, l’approvisionnement mondial en pétrole diminue de 4%. Les raffineries recommencèrent la production une fois que l’Ayatollah Khomeini prit le contrôle de l’Iran, mais cette production était moindre et inconstante. Cette situation n’eut pas d’impact majeur au niveau de la production mondiale de pétrole; par contre, l’incertitude politique et la forte influence de l’OPEP sur le marché ajoutent une forte pression à la hausse sur les prix. Avec le temps, la pression diminue; en 1986, le prix du pétrole brut a diminué de 50% comparativement à 1980, suite à la perte de pouvoir de l’OPEP et à la hausse de production par d’autres exportateurs tels que l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Aujourd’hui, l’OPEC représente plus d’une douzaine de pays situés au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud. Les pays de l’OPEP produisent environ 40% du pétrole dans le monde et détiennent encore une certaine influence sur les prix, du côté de la production. Cependant, depuis quelques années, la volonté de l’OPEP de régir les prix a diminué, alors que de nouvelles puissances émergent sur le marché, telles que la Chine, l’Inde, la Russie et le Moyen-Orient. La montée de la demande dans ces pays pour le pétrole amène un impact sur les surplus mondiaux, forçant une montée des prix.

Vivons-nous actuellement un choc, ou s’agit-il plutôt d’une transition fondamentale vers un nouveau marché? Les restrictions au niveau de l’approvisionnement que nous vivons en ce moment diffèrent de celles vécues en 1970. À cette époque, les hausses de prix du pétrole brut avaient été causées par des changements de structure des pays producteurs, et l’utilisation du contrôle sur le prix comme moyen de pression sur la communauté internationale. La situation actuelle est causée par une multitude de facteurs, incluant les instabilités politiques de pays comme le Niger, l’Irak et l’Iran, le contrôle de l’OPEP sur les exportations, ainsi qu’une multitude de facteurs macroéconomiques. Au cœur de la problématique se trouve la sensibilisation croissante aux limites de la quantité de pétrole disponible. La demande croît rapidement, alors que le pétrole peut être extrait jusqu’à une certaine limite.

Malgré que les prix élevés du pétrole aient eu un impact négatif sur l’économie en 1970, le portrait de la situation n’était pas entièrement catastrophique. Les prix élevés servirent de mesure incitative puissante pour corriger les technologies et pratiques peu efficaces. Les chocs pétroliers des années 1970 entraînèrent de plus une concertation des efforts visant une meilleure efficacité économique. Des voitures plus petites, à consommation plus efficace de carburant virent le jour; des sources d’énergie renouvelables furent développées; les entreprises révisèrent leurs pratiques d’affaires afin d’implanter de nouvelles procédures plus efficaces. La période qui suivit, durant les années 1890 jusqu’au début des années 1990, amena une période de surabondance, alors que le pétrole était à nouveau peu coûteux, abondant et facilement accessible. Les initiatives précédentes visant la conservation de l’énergie furent reléguées aux oubliettes. Aujourd’hui, cette belle période de surabondance étant maintenant terminée, il est à nouveau temps de revoir notre consommation et de penser sérieusement à réduire notre dépendance à l’or noir; cette fois-ci, il ne suffit pas d’attendre que la tempête politique se calme afin de retrouver à nouveau des prix plus bas à la pompe.


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